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Aikido Tai Chi Chuan Yoga Capoeira Kempo Bruxelles / article / Chine ancienne

 

Aikido Tai Chi Chuan Bruxelles / concubine chinoise

 

Concubine

 

 

L’art de la persuasion à l’époque des Royaumes Combattants (Ve-IIIe siècles avant J.-C.) / Extrait

In: Extrême-Orient, Extrême-Occident. 1992, N°14, pp. 49-89.

Jean Levi

 

Nous avons gardé le titre original de cet extrait de l’article de Jean Levi pour vous faire bénéficier de toute sa saveur romanesque. Et pourtant c’est encore une fois un article savant, mais écrit avec un tel talent qu’il se lit comme un roman. Au demeurant, la question traitée est d’importance : le langage est impuissant à rendre compte de la vérité qui semble pourtant relever d’une nécessité qui lui serait intrinsèque.

 

Jean Levi indique qu’en Chine, l’enseignement en passait plutôt par l’exemple, celui “de la Voie du Ciel”, dont le rite serait la représentation et le lieu de la transmission, rite duquel l’empereur est le dépositaire emblématique. Mais il constate que souvent la pratique du discours et de la rhétorique a  supplanté l’importance du rite.  Si “La politique débouche toujours sur la parole, qui, après tout, en est la continuation par les mêmes moyens”, c’est-à-dire par les moyens propre au politique,  la parole, pour la cause de la vérité, se substitue à la guerre – qui, elle, est une continuation de la politique par d’autres moyens si on suit Clausewitz comme le fait l’auteur – , mais en conviant, par nécessité,  le mensonge et la dissimulation dans sa pratique. La guerre, bien sûr, prétend à la vérité ultime, celle de la preuve, qui comme telle, toujours s’éloigne à l’horizon des ruines et des désolations. Les chinois, pour éviter la guerre, ont toujours valorisé la ruse et le mi-dire. Dire à moitié, dire peut-être, gagner du temps, perdre apparamment, donner le change, changer la donne …


Jean Levi est un sinologue français talentueux et prolixe qui s’est beaucoup penché sur Zhuang zi. On ne peut pas vous mentionner ici tous ses écrits. En éditions “grand public”, citons le “Le petit monde du Tchouang-tseu” (Philippe Picquier), Confucius (Albin Michel, 2003), “Les sept traités de la guerre” (Pluriel, 2008), “Les oeuvres de maître Tchouang, Zhuang zi” (Encyclopédie des Nuisances, 2006), Réflexions chinoises (Albin Michel, 2011)….

 

 

L’éloquence : chevaux, perles et concubines

 

En Chine, le véritable enseignement, celui qui est porteur de sagesse, ne se diffuse pas tant au moyen du langage que du geste ; et quand il y a parole, elle exerce son pouvoir persuasif de façon invisible. S’ abolissant alors dans la gratuité de son sens, elle ne vaut plus comme exposition raisonnée, mais, prise dans une chorégraphie existentielle, se pose en modèle de comportements. C’est dire qu’elle se fait rite. Le rite, pendant et substitut de ce qu’est la parole en Occident, est chargé par la tradition confucéenne d ‘une valeur structurante primordiale. Réplique et véhicule privilégiés des lois organisatrices du cosmos, il en révèle, dans son déploiement symbolique, les linéaments cachés. La persuasion, qui ne vaut qu’à des fins d’éducation, s’accomplit par l’exemple. A travers le geste rituellement parfait exécuté parle le Maître – qu’il soit maître d’école ou maître des hommes – c’est le ciel qui agit et exerce sa transformation civilisatrice.aikido Tai Chi Yoga

Pour diffuser dans la société l’enseignement du ciel il faut se modeler sur lui, emprunter son mode d’action spontané et irrépressible. Or ce qui caractérise le ciel, c’est qu’ ‘il ne parle pas. Confucius était le premier à en être convaincu, lui qui laissa échapper un jour dans un soupir « J’aimerais ne pas parler » et s’en expliqua ainsi à ses disciples scandalisés : « Est ce que le ciel parle ? et pourtant les saisons suivent leur cours et tous les êtres sont produits »aikido Tai Chi Chuan Yoga

 

Ne pas parler, ou tout au moins ne pas utiliser le langage pour ce que le vulgaire croit qu’il est fait, telle est la leçon essentielle. Convaincre par un discours argumenté ne constitue que ce qu’il y a de plus trivial, de plus superficiel dans la parole. Une telle parole ainsi avilie, vidée de l’indétermination cosmique propre au Tao, ne reflétera jamais qu’un point de vue individuel, partiel et partial. Elle sera impropre à véhiculer l’influence transformatrice. Xun zi oppose à une parole dévaluée, sans véritable impact sur les comportements et les pensées des hommes, le rôle éducatif des gestes et des attitudes :

 

Le sage fixe dans son cœur ce qu’il entend. Il le transmet à tous ses membres et il l’exprime dans ses attitudes. En sorte que sans vraiment parler, sans vraiment agir, il fournit la norme, le modèle sur lequel tous peuvent et doivent se calquer. Mais il en va autrement de l’homme de peu, ce qui lui rentre dans l’oreille lui sort immédiatement par la bouche, la distance entre l’oreille et la bouche n’étant que de quatre pouces, comment cela serait-il suffisant pour policer un corps de sept pieds ?aikido Tai Chi Chuan Yoga

 

L’institution à demi-utopique du Palais des lumières, centre d’enseignement autant que de gouvernement à partir duquel le roi exerce son action civilisatrice sans recourir à la parole, s’inscrit dans le droit fil de cette conception. Le Souverain, ou son double, le Pédagogue, peut emporter l’adhésion parce que la vérité se trouve dans le souffle même du cosmos que propage cette parole débarrassée de toutes les scories du raisonnement. Dépouillée de ce qui l’institue comme discours, elle ne se résume plus qu’à un pur décor – un décorum -. Fond sonore qui fait cependant entendre la musique de la raison au delà de tout sens dont le discours comme art de l’exposition raisonnée pourrait être le messager. La dépréciation du discours traverse toute la tradition chinoise, des taoïstes jusqu’aux plus tardifs représentants du confucianisme, tel par exemple un Wang Fuzhi, au XVIIe siècle.aikido Tai Chi Chuan Yoga

 

Cependant, par un de ces paradoxes dont l’histoire a le secret, au moment où elle s’élabore, la conception confucéenne d’un discours qui vaudrait plus comme chorégraphie que comme argumentation joue un rôle très marginal dans la vie sociale et la pratique politique ; et au cours des trois siècles suivants, elle connut une éclipse presque totale avant de resurgir sous les Han et de s’imposer comme orthodoxie. Du Ve au IIIe siècles avant notre ère, les maîtres du discours règnent en despotes. Sophistes et rhéteurs exercent une tyrannie telle que même les tenants de la suprématie du rite sur la parole, les plus fermes piliers de l’enseignement confucéen, se laissent eux aussi entraîner par les sirènes du discours. Le même Xun zi qui affirme que la parole est inférieure au geste peut déclarer ailleurs, dans un passage dévolu à la rhétorique, que l’une des qualités du sage est le don oratoire :aikido Tai Chi Chuan Yoga

 

Un sage doit nécessairement savoir argumenter. Il n’est personne parmi les hommes qui ne se complaise à disserter sur les choses qui lui tiennent à cœur, à plus forte raison le sage. Cependant tandis que l’homme de peu ergote sur des affaires d’intérêts, le sage, lui, s’étend sur la bienveillance. Quand les propos ont pour objet la bienveillance, il va sans dire que toute la supériorité revient à l’habileté oratoire et ceux qui ne savent pas s’exprimer sont inférieurs à ceux qui la possèdent, car rien n’est plus sublime que des discours conformes à la bienveillance…


On ne peut totalement aller contre son époque et Xun zi, homme des Royaumes Combattants, se devait d’être attentif à l’art du discours dans un monde qui se grisait de mots. Dans ces temps incertains, la diplomatie, les intrigues et les retournements d’ alliances dominent toute la vie politique. Les luttes que se livrent les différents princes pour leur survie ou pour la suprématie favorisent la naissance d’un nouveau personnage : le sophiste.

 

Aikido Tai Chi Chuan Bruxelles / cheval chinois

 

La maîtrise de la parole y est triplement nécessaire. Nécessaire tout d’abord pour obtenir un emploi. Le politicien, lettré itinérant qui offre ses services à des princes avides de recevoir les techniques qui leur livreront la clef de la domination sur leurs rivaux, doit être versé dans l’art de charmer son auditoire, de le prendre dans les rets de son éloquence, de l’étourdir par sa faconde, il faut distraire un prince frivole du spectacle de ses femmes, de ses bouffons et de ses chevaux par l ‘attrait du discours. Nécessaire aussi pour avoir le dessus dans des joutes contradictoires, faire valoir ses raisons contre ses adversaires et collègues ; imposer son point de vue aux autres conseillers. Nécessaire surtout parce que sur son maniement repose la survie des nations. Le discours est l’une des pièces maîtresses du dispositif politique de ces temps d’intrigues. Pour mener à bien ses desseins, pour conduire des ambassades et ourdir des complots, il est vital de savoir persuader en faisant passer le vrai pour le faux et le faux pour le vrai, en transformant l’argument le plus faible en preuve. Il faut à toute force déconcerter les partisans de ses ennemis, lancer de fausses rumeurs, soudoyer, séduire, promettre.aikido Tai Chi Chuan Yoga

 

Bien souvent la victoire, conquise sur le terrain au prix de milliers de morts, échappe au cours d’une ambassade par la seule faute d’un habile sophiste. C’est une formule consacrée, à l’époque, que de dire que la langue acérée d’un rhéteur vaut bien dix mille lances. La politique débouche toujours sur la parole, qui, après tout, en est la continuation par les mêmes moyens. La parole est action, par elle se gagnent ou se perdent des provinces entières. L’exhortation d’un bon rhéteur peut faire différer une campagne promise à un succès certain, elle peut ruiner des ligues ou au contraire mettre sur pied de puissantes alliances. Un sophiste est capable d’instiller le poison du doute dans le cœur d’un souverain à l’égard de son plus loyal serviteur ; il peut inversement inciter un ministre compétent à trahir son prince.

 

C’est parce qu’il sait mentir, présenter le faux pour le vrai, que le discours du rhéteur, tout spécieux qu’il peut être, ne ment pas sur lui-même. Il renferme, de par son éloquence, le meilleur des gages de succès. Le mensonge se mue alors en vérité : il apporte au prince devant lequel il se profère comme un échantillon réel de savoir-faire. Le discours du rhéteur joue sur un double registre : il est à la fois tentative de persuasion par les procédés oratoires et preuve agissante, tangible, concrète. En ce sens il est aussi menace, voire chantage. Le rhéteur, en entortillant le prince, fait la démonstration d’une compétence qu’on préférerait voir s’exercer sur autrui plutôt que sur soi.aikido Tai Chi Chuan Yoga

 

Expérimentation en examen, le discours est aussi autre chose, il est leurre. Il est piège. Ou plutôt, il est mise à l’épreuve parce que justement il est piège ou appât Et, en cela, il est bien encore pur produit de la politique, lui qui en charrie toutes les astuces, toutes les manières d’agir. A cette époque la politique se confond avec les stratagèmes. Elle est tissue du réseau des intrigues qui s’entrecroisent et s’emboîtent. Cependant, tout piège, quelle que puisse être la complexité de ses combinaisons, repose sur un mécanisme des plus simples : le sacrifice (aux échecs) ou l’amorce (à la chasse). Il consiste tout simplement à donner pour mieux pouvoir prendre. Naturellement la pratique de cet art du sacrifice demande des qualités de déduction, de pénétration psychologique de l’adversaire, il exige qu’on sache anticiper sur les propres supputations de ce dernier. Il n’empêche que, si la mise en œuvre nécessite une grande subtilité, le principe lui-même n’a rien de compliqué. Han Fei, penseur politique du IIIe siècle avant notre ère, constate qu’au cours de l’histoire tous les dons n’ont jamais visé à rien d’autre qu’à la conquête. Avant d’attaquer le Yu, le prince de Jin lui offrit un jade et un cheval et Zhi Po fit cadeau d’une cloche montée sur un char aux Jiuyou quand il projeta de les annexer. Et le même Zhi Po devait plus tard connaître la défaite pour avoir reçu des terres du marquis de Wei.

 

Aikido Tai chi Yoga Bruxelles / Lu LengjiaBibelots, femmes, cavales, hautes terrasses et jardins plantés d’essences rares sont les principales amorces utilisées dans la pratique ; ils vont servir d’appâts dans le discours du sophiste. L’éloquence, en faisant chatoyer les mots, fascine, attire, captive et induit en erreur ; elle cache sous les dehors trompeurs de gains immédiats les malheurs futurs qu’ils recèlent. Non seulement la dupe n’y gagnera pas ce que le discours lui fait miroiter mais il y perdra encore ses possessions et parfois même la vie. Le discours se doit d’être éblouissant, tout d’abord par l’usage de procédés rhétoriques, en déroulant les anneaux lisses et scintillants de ses périodes, enchaînant les comparaisons et les métaphores, opérant de subtils renversements dialectiques avant d’étreindre sa victime dans les mailles serrées de sa logique.aikido yoga

 

Xun zi ne dit pas autre chose dans ses leçons sur l’art du discours et en outre, emporté par son sujet, il le dit avec des mots chatoyants, comme s’il voulait que son discours épouse au plus près son propos ; son verbe habituellement sec et dépouillé s ‘émaille de métaphores, la comparaison fleurit sous le pinceau, pour rejaillir en un feu d’artifice de formules paradoxales :

 

Le sage, lorsqu’il s’adresse à un seigneur, disserte sur l’antiquité sans paraître mentionner des choses révolues ou lointaines ; il suit la mode, sans tomber dans la trivialité ou les lieux communs. Tantôt la période s’alentit, tantôt elle est rapide, hachée. Le ton, d’abord vif comme le grondement du tonnerre, s’étale puis se repose tel un fleuve coulant dans une vaste plaine. Le discours est comme un canal de dérivation qui enserre un cours d’eau pour le mener au point précis où il a décidé de le mener entre ses hautes berges. Il est la forme qui redresse le bois tordu. Par des détours multiples il arrive à ses fins par le chemin le plus court.

 

La parole doit éblouir aussi par les signifiés auxquels elle renvoie ; par les objets brillants et fastueux que le verbe fait défiler, parles mots aux riches connotations qu’il profère. L’art de la persuasion sophiste se donne avant tout pour l’art des évocations somptueuses. On pourrait dire que la prose poétique – que ce soit les ci du Chu ou les fu des Han – s ‘inscrit dans cette tradition. Les grandes compositions d’un Qu Yuan ou d’un Sima Xiangru contiennent un message didactique. L’emploi de termes rares, le recours massif aux impressifs suscitant des visions d’envols d’oiseaux au plumage chamarré, de mouvements de manches de danseuses et de flexions de buste de courtisanes, les descriptions tout à la fois minutieuses et échevelées d’une nature sublime, ou bien d ‘exaltantes parties de chasse, s ‘accompagnent toujours de sous- entendus politiques ou plutôt, message politique et scènes grandioses sont consubstantiels.Tai Chi Chuan Yoga

 

Le discours persuasif se doit d’être travaillé, apprêté comme un vêtement richement brodé, sculpté et chantourné comme un jade de prix, paré comme une châsse ; sinon, cantonné dans le seul domaine de renonciation des faits bruts, il restera parole de rustre, une parole qui sacrifiant la forme au contenu, ne pourra influer sur autrui, en raison de son manque d’éclat Et de fait, un coup d’œil sur l’abondante production de discours prononcés par les sophistes suffit à s’en convaincre. L’évocation de scènes fastueuses, l’énumération d’objets précieux est un des procédés favoris de la rhétorique chinoise. On n’a que l’embarras du choix dans l’énorme littérature d’exhortations et de harangues que nous ont conservée les Zhangguoce, les Stratagèmes des royaumes guerriers. Parmi les nombreux exemples qu’on pourrait citer devraient figurer en bonne place les discours de Su Qin, l’un des maîtres du genre, phénix des sophistes et des politiciens de la Chine des Royaumes Combattants. Désireux de se faire un nom grâce à ses compétences dans la diplomatie, il se fît engager par le roi de Yan et réussit à réunir autour de ce monarque faible et méprisé une formidable coalition par la seule vertu d’une petite langue acérée.aikido

 

Toutefois, le modèle du genre, devenu d’ailleurs morceau d’anthologie rhétorique, demeure sans conteste la lettre du ministre Li Si au roi de Qin. Li Si, politicien ambitieux et cynique, avait quitté un Wei rétrograde pour faire carrière auprès d’un prince qu’on disait désireux de s’assurer du concours des meilleurs esprits de l’empire. A la suite d’une campagne de calomnies menée par une noblesse locale inquiète de voir le pouvoir lui échapper au dépens de nouveaux venus, le souverain décida de bannir tous les étrangers du royaume. Compris comme les autres dans le décret d’expulsion, Li Si, sur le chemin de l’exil, écrivit une épître à son maître pour le convaincre de revenir sur sa décision. Ce morceau de bravoure est d’autant plus remarquable qu’il émane d’un homme d’Etat qui persécuta les rhéteurs et qui désapprouva la politique somptuaire du second empereur. Toute la lettre vise à démontrer, à travers l’énumération de tous les objets de luxe recelés par les palais du souverain, que le prince est en train de commettre une faute irréparable. En voici un large extrait ; il permettra mieux que toutes les paraphrases d’en faire connaître les ressorts :Tai Chi

Tai Chi Chuan Bruxelles / image 167

 

Mais vous-même, mon prince, êtes- vous bien conséquent, vous qui faites venir vos jades du mont Kunshan, vos perles obovales de la Sui et les joyaux de He ? Vous nedédaignez pas de porter ces perles étrangères qui semblent avoir volé aux astres leur éclat et ne vous voit-on pas mettre fièrement à votre ceinture la grande et forte épée Bellelame, fondue par Moye et Ganjian pour le roi de Chu ? Vos équipages ne sont-ils pas tirés par les fringants coursiers de la steppe ? Vos femmes et vos colifichets ne sont-ils pas ornés des plumes irisées du martin pêcheur et du phénix, dont on ne voit nulle trace au Qin, et les tambours de vos orchestres sont recouverts de peaux de crocodiles qui n’ont jamais, que je sache, hanté les eaux de vos rivières et de vos lacs.


Répondez-moi mon prince, est-il de tous ces joyaux, bibelots et trésors qui emplissent vos magasins et qui réjouissent vos yeux dans les hautes salles de vos palais, un seul, oui un seul, que le Qin ait produit ? Et pourtant leurs formes, leurs coloris flattent vos sens. Si vous appliquiez jusqu’au bout votre politique ne vous faudrait-il pas n’accueillir dans votre demeure que des produits locaux ?  Mais hélas, je crains fort que vous ne soyez privé de ces objets qui jettent mille feux dans la nuit et que vos appartements, dépouillés de toutes ces merveilles, apparaissent ternes et nus. Il faudrait vous séparer de ces mille riens précieux, en ivoire, en corne de rhinocéros (que produit le Jiangnan), en jaspe, de ces laques si délicatement ornées, de ces soieries souples et lourdes, de ces tapis chauds et laineux qui viennent des Khans barbares. Les élégantes galeries de vos harems ne seraient-elles pas plus désolées que la campagne sous un ciel hivernal, veuves de leur plus bel ornement : les filles de Zheng et de Wei à la peau blanche comme le lys et à la taille flexible comme le saule ? Comme vous paraîtraient vides les stalles de vos écuries sans ces coursiers aux jambes nerveuses et aux croupes puissantes, sans ces pouliches folâtres qui y piaffaient naguère.  [. ..]

 

S’il fallait que tout ce qui fait présentement l’agrément de vos yeux et de vos oreilles soit originaire du Qin, vos femmes pourraient-elles se présenter à vous les cheveux relevés en hauts chignons vaporeux par des peignes incrustés de perles de Yuan, de lourds pendants en corail vermeil accusant la délicatesse de la conque nacrée de leurs oreilles ? Caresseriez-vous du regard la soie fine et souple ondoyant sur leurs hanches ou les lourdes draperies de brocart dont parfois elles enveloppent leurs membres frêles ? Et les beautés du Zhao dont les gestes harmonieux et sensuels prêtent tant de grâce à ces voix cristallines, qui savent donner un air de raffinement aux chansons populaires, égayeraient-elles vos festins?

 

Derrière ces descriptions de bibelots, derrière la récurrence du thème des objets de prix, du faste inutile et pesant des appartements princiers, court en filigrane un autre motif qui vient donner son véritable sens à cette revue de tous les produits exotiques qu’abritent les palais du roi, femmes, pouliches ou potiches. Des associations à demi-conscientes se déploient en arrière-fond du décor coûteux mis en place par le discours du sophiste et le parent de façon occulte d’une aura mystique. Quand le légiste Li Si, homme dépourvu de toute frivolité, énumère avec un tel luxe de détails, avec une si extrême complaisance, tous les biens dont le prince devrait se séparer s’il était logique avec lui-même, c’est pour préparer le thème inverse, classique lui aussi, utilisé de façon ironique ici et qui va éclater dans la conclusion : le souverain tient plus à ses chevaux et à ses femmes qu’à ses conseillers :yoga

 

Et il n’en irait pas de même avec les hommes ! Vous et votre peuple seriez prêts, sans égards pour leurs mérites et leurs talents, à vous débarrasser de centaines d’officiers sous l’unique prétexte qu’ils ne sont pas originaires du Qin !  Cela ne signifierait-il pas, ô mon maître, que vous attachez plus d’importance et avez plus de considération pour vos pierres, vos chevaux et vos meubles que pour vos ministres ? Est-ce bien là l’attitude d’un prince qui nourrit l’ambition d’étendre son autorité sur l’univers tout entier ?aikido


N’est-ce pas assimiler, par antiphrase, les serviteurs de l’Etat aux joyaux du prince ? En sorte que l’interminable et prolixe inventaire des trésors, contribue à avaliser l’idée que les vrais joyaux du souverain, ce sont ses hommes ; maîtres des recettes comme du discours, sur eux reposent l’acquisition et la sauvegarde de ses biens.

 


 

 

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